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Un BLOG Vie Locale
du Journal SUD OUEST

LE SENTIER DE L’ÂNE
Comme un journal extime, où l’on écrira, en toute immodestie, ses appréhensions du monde, où on essaiera de faire partager les passions fixes, comme celle de la poésie, en toute fraternité

L’ÂNE | Fripouillerie, mode d’emploi

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Samedimanche. En plus, comme c’est entre Noël et le Jour de l’An, ça fait comme un énorme samedimanche. Une longue trêve des confiseurs.

Et non. Ne parlons pas de l’éternelle guerre des frères ennemis, en Palestine ou Israël. Tout le monde en parle, et en parler plus n’enlève rien à la lassante horreur sans cesse renouvelée de cette guerre éternelle.

Donc, rien, si ce n’est, mais c’est tellement évident, que c’est toujours les mêmes qui trinquent, les populations civiles. Je parlais hier des pieds nickelés tragiques qui envoyaient leurs bombes sur leurs propres enfants. C’est déjà dépassé, maintenant. Et tous ces guerriers – guerriers !- plus prompts à brandir le fusil que la charrue ! Mais on enfonce des portes défoncées depuis longtemps, non ? Alors, les bourricots retraitent sur les hauteurs cerdanes encore désertes, même enfouies sous la neige si abondante aujourd’hui, et à l’écart des hommes, hochent leur tête, et de temps en temps braient au clair de lune, mais personne ne les écoute.

Non, ce qui m’interpelle ( ouaf ! ouaf ! freudisme de cours du soir…) aujourd’hui, c’est le retour en force ( mais est-ce vraiment un retour ?) de la fripouillerie en tous genres, et surtout, bien sûr, politicienne ( n’y a-t-il pas du pléonasme dans l’air, là, dans « fripouillerie politicienne » ?). Donc, l’immense héraut de l’umpèterie triomphante a déclaré ( décrété ?) que la fusion des départements et des régions, c’était pour bientôt, et itou la fusion de certaines régions entre elles, comme par exemple haute et basse Normandie, et Aquitaine et Charente-Poitou ( ou l’inverse). Tiens donc ! C’est vrai que c’est une réforme urgentissime, quand les SDF meurent par centaines dans les rues de notre république, quand les hôpitaux tellement affaiblis ne peuvent pas empêcher la mort d’enfants, quand les banques en sont quasiment à faire la manche, quand un jeune hurluberlu iconoclaste reste en prison pour un délit dont on n’est pas sûr qu’il l’ait commis et qu’un spadassin, lui, pourtant en forte délicatesse avec la justice, va être libéré, parce que ses copains plénipotentiaires savent quels cordons tirer, et quelles portes enfoncer. C’est sûr, fondre départements et régions, c’était ça le plus urgent : le chômage, la crise, le terrorisme, le nucléaire, toutes ces balivernes, tout doit céder la place à cette réforme océanique et himalayenne, comme ses auteurs ! Et pourquoi ? Allez, on va faire le mauvais esprit : parce que toutes les régions sauf une sont passées à gauche, et que les départements  ont basculé aux dernières cantonales, et aussi à gauche ! Voilà tout ! Et il peut dire ce qu’il veut, le porte-voix umpéteur ( et il le fait, d’ailleurs, avec un aplomb qui n’a pas son égal dans l’hexagone, à part peut-être le sévèrement burné), moi, tout âne que je suis, je n’en démordrais pas : si tu fusionnes l’Aquitaine et le Poitou, tu supprimes un président de région, et pas des moindres, puisque qu’il y a une chance sur deux que ce soit la Madone ! On pourrait continuer la démonstration, mais c’est inutile, parce qu’il y a la contre-preuve, la pérennité du Sénat : s’il y a une institution politique qui coûte cher, ne sert à rien, donne l’exemple du luxe, du calme et de la volupté qui ne convient pas à la vie politique, c’est bien le Sénat ! Hé bé non, lui, il perdure. Enfin, on verra bien : il semblerait que quelques vénérables sénateurs, du fond de leur assoupissement, aient levé un œil désapprobateur et maugréé quelques borborygmes grognons contre le Pancrate et sa gent gouvernante ! Qu’ils se méfient, alors, les sénateurs, tout umpéteurs qu’ils soient, ils risquent  de changer de maison de retraite, et quand on en a visité une, de ces maisons, ordinaires, dans la province profonde, on frémit d’avance pour ces pauvres vieux résidents de la république.

Alors, fusionnons ? Alors, moi, je fusionne pour une Catalogne unie, et même pour des pays catalans réunis, du Val d’Aran en Sardaigne, en passant par Llivia,, Coustouges, Figuères, et, bien sûr, Tarragone, jusqu’à Valencia, sans oublier bien sûr , la Fidelissimma débarrassée de ses chaussettes, et Barcelone l’impériale !

 


Allez, on verra si une fripouillerie aussi grosse va passer. On verra si le peuple catalan qui a refusé la Septimanie refusera la disparition de ses Pyrénées Orientales. Et sinon, on aura des doutes sur la sincérité de la levée de ce peuple contre la Septimanie. Bon, c’est pas tout, ça, mais on est obligé d’aller vite : un humoriste d’antan qui a eu des talents et les a irrémédiablement perdus vient de récidiver dans ses fripouilleries sur une scène parisienne, en décorant( !) un négationniste pourtant condamné par la loi, et en osant le faire décorer par un pseudo-comédien vêtu du pyjama rayé des camps. Il paraît que ça a fait rire Le Pen. C’est bien ce que disait Desproges, non : on peut rire de n’importe quoi, mais pas avec n’importe qui ; et en tout cas, le pseudo-humoriste, on aimerait que ce ne soit que le naufrage d’un humour asséché, et on craint que ce ne soit pire, l’expression d’un idéologie bien remâchée, qu’on croyait évacuée avec l‘eau des égouts de l’histoire. Et non. Allez, bon  samedimanche malgré tout, et  portez-vous bien. Quand même.

 

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L’ÂNE | Traîtres, divas et flagorneurs

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Voilà, voilà, j’ai retrouvé la voix, et le sentier de l’âne est devenu orange – bon, il faut faire attention, les pandores, s’ils lisent ça – allez, ne vous moquez pas, il y en a qui savent lire, quand même ! - ils vont croire que le bourricot fume, à voir ainsi les sentiers oranges. Alors, je rattrape mon retard, je vais dans tous les recoins de la grande toile,  zigzaguant comme un bourricot ivre, ou furieux comme un âne rouge, et peut-être les deux à la fois d’ailleurs. Et ça ne ralentit pas, la crise qui est plus que financière et économique, qui est franchement mondiale, humaine, tout ce qu’on veut, les dérapages incontrôlés de la gent politique, et comme à la boxe, un coup à droite, un coup à gauche, tiens après le maire-conseiller général de la station balnéaire moche et chic de Catalogne-Nord, allez, on s’en prend à ce bon Juju, qui, faisons-lui crédit ( !) pour ça, saura se défendre : il n’a pas été trotskiste pour rien ! Et d’aucuns disent que c’est un retour de l’umpèterie vigilante sur Juju l’incendiaire, qui aurait lâché sa garde rouge de lycéens contre Xavier le Périgourdin. Vrai ? C’est plausible, en tout cas, et si c’est avéré, on le saura bien un jour, l’enfoncement dans les abîmes glauques du marigot politicard continue…

Après, on va s’étonner que les gens, les vrais gens, ceux qui savant que la baguette, chez le boulanger, elle coûte entre 80 et 95 centimes ( mais oui, mais oui, j’y vais tous les jours, à sabots abattus, chercher le pain et le vin de la petite tribu asinaire, asinesque, asinière, asiarque …), eh bien, pour la votation, ils griffonnent un petit pénis d’âne enrubanné parfois ( pas moi ! je n’oserai jamais !), ou ils partent à la chasse à l’escargot dans la garrigue catalane !

Je digresse encore, mais c’est tout l’ébaubissement de retrouver ma toile de rondins sur ce sentier organe. Mais en fait, tout se tient, n’est-il pas ? Parce que voilà, en feuilletant les gazettes, trois petites nouvelles qui m’ont fait ruer dans les brancards que je n’ai pas. D’abord, il y a un transfuge de chez la Madone, Besson, il s’appelle, il transite de secrétaire national du parti socialiste en putatif secrétaire général adjoint umpéteur : c’est-y pas bien ça ? C’est les trente deniers au lac de Tibériade, ils se multiplient, ! Et puis il se répand, le Ganelon, en gentillesses flagornardes sur le Pancrate, l’umpèterie, sans oublier quelques petites fusées contre ses petits ex-camarades socialo, qui, à ses dires l’appelleraient en catimini ! Après ça, vous, citoyens, pensez loyal, votez moral ! Et en plus, on lui aurait promis, à l’Himalaya de la stratégie de l’ouverture, le ministère de l’immigration ! Et il le prendra ? Alors, on saura – s’il en était besoin : !- à quoi s’en tenir !

Et là-dessus, il y a en Catalogne, une gentille et photogénique députée umpéteuse qui, à l’assemblée, à l’heure des questions au gouvernement, a posé la question qui cire les pompes mieux que tous les cirages, à MAM, qui en rosissait d’aise : est-ce que Madame le ministre, vous pouvez nous dire, si grâce à l’excellente, non, parfaite politique de sécurité de l’umpéterie, de vous-même et de notre bien aimé Pancrate, l’insécurité a baissé, du moins les chiffres ? Eh oui, bien sûr, les chiffres, oui ! La députée, elle aurait pu le savoir en lisant le journal d’ici, rien qu’en multipliant les PV de stationnement interdit, et les excès de vitesse, parce que vous êtes à 52 là où il faut passer à 50 !…De là à ce que certaines méchantes langues disent qu’elle ne sait pas lire, non, tout de même…Mais on sait jamais, faire rosir d’aise MAM, ça peut servir, qui sait ? Sous-ministre, peut-être ?

Et la meilleure pour la fin, la diva, la fisrt dame, qui n’aime pas sa marionnette, parce qu’elle ressemble trop à la Madone ! Qu’elle ne se tracasse pas, on ne va pas confondre la Madone avec une copie, si modèle et première soit-elle ! Et la liberté de caricature existe encore ( encore ?) en république !

Allez, c’est tout, et c’est beaucoup pour aujourd’hui !

Dan Carter a changé le ciel de Catalogne, où il ne pleut tout de même pas assez : le bourricot prie le grand jumart d ‘ouvrir les vannes du céleste. Et vous ? Secs ou mouillés ? L’un ou l’autre, portez-vous bien. Quand même.

 

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L’ÂNE | Noms de famille

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Ce n’est pas qu’il n’y ait pas matière, au contraire ! En plus, Blog Jim, il nous a flanqué une drôle de responsabilité, là, en parlant des billettistes ! Surtout qu’il y en a un, des billettistes, excédé par plein de choses, et porté par le vent toujours frais de l’aventure et du renouveau, qui est allé porté sa parole sur d’autres plates-formes, et déplier ailleurs ses toiles de rondins, et comme c’est un entoileur à toutes mains, il ne se contente pas que d’une. Alors, bien sûr, on va le suivre – et de toutes façons, avec tous les liens qui nous attachent, comment faire autrement ?-, mais on va quand même continuer à pénéloper, n’est-il pas ? parce qu’il y a du boulot, et que le Pancrate et l’umpèterie, ils sont insatiables, sans compter les autres, du Microcosme, qui s’y mettent à hue et à dia, avec cette funeste histoire qui dépasse le crêpage de chignons entre la Madone et la dame des 35 heures ; Tout ça, on essaiera d’y revenir, quand le grand Jordi sera de retour à la maison, et que Monsieur Neuf sera plus compréhensif avec le petit bourrito et arrêtera de lui couper les …connections, tellement qu’il en a assez, le bourricot, et qu’il va changer de fournisseur d’avoine, et qu’il ira voir sous peu si l’avoine orange , elle est quand même plus sûre que l’avoine de Monsieur Neuf, dont la désinvolture, en tout cas pour ce qui concerne la chaude ligne, n’a d’égale que l’incapacité à réparer les fils ! Allez, ouste, passons à autre chose, si on arrive à poster ce petit grignotis. Comme on essaie de passer entre les gouttes, allez, pour faire passer la douleur, d’abord une petite correction, que personne n’a vu, ou alors, tout le monde s’en fout, heureusement que l’âne a un grand frère attentif, du côté du Pays Basque, et que lui l’a vu, l’énorme erreur, ce n’est pas Alain Barrière qui chante «  emmène moi au bout de la terre… », mais bien Azna, le grand Charles ; c’est vrai, ça n’avait pas trop d’importance parce que dans le grignotis, c’était autre chose qu’on essayait de dire, mais il est bon de rendre à César et tout le cetera…
Et puis, en attendant de parler de ministricules ou de minsitriculables faisant les beaux et les importants, allez, puisque la musique adoucit les moeurs, et que pour le pauvre Lelian, la poésie , c’est « de la musique avant tout chose », un court poème, sûrement de Li Tchou Han, mais on n’est pas tout à fait sûr…
NOMS DE FAMILLE
CENDRES
Royaumes des
Aubes de
Montagne
Ciel de neige
Chemins au loin des
Vignes et toutes ces lumières le désespoir est
Juste
Miséricordieux
  Douceur du temps
Chaleur de la maison
Oui ?  C’est bien comme ça ? J’enrage, en même temsp, parce que Monsieur Neuf, il va, il vient, enfin, il me joue l’Arlésienne… on va essayer. Entre deux coupures de courant, portez-vous bien. Quand même .

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L’ÂNE | Ils appellent ça « faire des économies »…

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On supprime des fonctionnaires. Non, pas des fonctionnaires ( quoique…on se demande parfois si l’envie n’en a pas traversé l’esprit d’un technocrate fou – et l’expression serait-elle devenue un pléonasme ?). Des postes de fonctionnaires. Des fonctionnaires d’Etat, bien sûr. Cette fonction publique d’Etat qui avait été créée pour pouvoir être indépendante du pouvoir politique et politicien, et résister aux éventuels abus  ( éventuels ?) de la gent politique. Alors, bien sûr, les dérapages, ils ont lieu dans tous les sens, et ils ne sont pas tous contrôlés, et il peut y avoir des fonctionnaires indélicats, parce que l’indélicatesse, comme toute imperfection, est le propre de l’homme ( et, allons, on n’est pas machiste, ni sexiste, ici, sur cette toile de rondins, de la femme aussi…). Mais on supprime donc des postes de fonctionnaires, et pas à la petite cuillère, ni même à la louche, mais carrément à la cuve. Quelques milliers par ci , quelques milliers par là, plutôt dans l’enseignement, d’ailleurs, parce que les magisters, ils sont indécrottables, ils râlent, ils réfléchissent même, et parfois, ils font preuve d’esprit critique, et même il leur arrive de l’enseigner, cet esprit critique, cet insupportable esprit critique qui, inévitablement conduit à la rébellion, à la révolte, et qui sait ? horreur et putréfaction, à la révolution. Non mais ! alors, balayez-moi tout ça ! après tout , l’éducation est une marchandise comme les autres, et pourquoi, tiens au hasard, Lagardère, Bouygues, Airbus, General Motors ou Samsung, ils ne vendraient pas de l’éducation, de l’éducatif, de l’école, du collège, du savoir, parce que vendre, ils savent faire ( bon, on en est moins sûr, avec ce que la crise, salutaire, pour cela, nous apprend de ces prétendus grands vendeurs, grandes entreprises, grandes banques, et grands dirigeants ( et là encore, dirigeantes : voir Alcatel-Lucent !))
Et les grands discours ne font rien à l’affaire, ou plutôt si, ils servent, comme beaucoup de discours, à faire de la propagande, c’est à dire à masquer sous la métaphore ou la périphrase la réalité, qui répond à une quadruple logique économique, idéologique, politique et sociale, la logique de ce qu’on pourrait appeler, en gros, la privilégiature, par exemple dans notre douce France, cette grosse dizaine de milliers de gens qui vivent dans les cercles concentriques du pouvoir, des affaires, du (show) business, du politique, et d’une fraction non négligeable des medias.
Et c’est tous les jours, la casse. La dernière trouvaille, qui passe presque inaperçue, et que des accidents médiatiques bienvenus contribuent encore mieux à cacher, larmes de crocodiles à l’appui, du crash d’un avion en Méditerranée, à quelques encablures du Canigou, à l’assaut terroriste des hôtels de luxe de Bombay  , ce qui permet de tenir ouvertes toutes les vannes de l’émotion immédiate ( faussement immédiate) parce que si le malheur des victimes et de leurs proches est réel, et si leur douleur exige pudeur et respect, où est la pudeur et le respect, dans ces dégoulis médiatoco-politiques, où, d’écran en Une, on y va de sa photo choc, de sa confidence éplorée, sans oublier son expertise apitoyée, figures de circonstances, bien rôdées après des années d’expérience dans ce cirque faussement compassionel ?

La dernière trouvaille, pour racler quelques postes, c’est de supprimer, dans toutes les associations bénévoles qui s’occupent d’éducation populaire ( vous vous rendez compte : « populaires » ! De dangereux communistes, oui,  ravacholiens, phalanstériens, boukaninistes, krotopkiniens  ou babouvistes, qui sait, même ?



De « populaire », allons, on le sait bien, aujourd’hui, il n’y a que l’umpèterie !) les fameux postes de « mis à disposition », ces fonctionnaires de ce qui s’appelait l’Education nationale, des profs pour la plupart, qui avaient été détachés au service, par exemple, de la Ligue de l’enseignement, des fédérations des œuvres laïques, des éclaireurs de France, des Francs et Franches Camarades, des CEMEA, que des foyers d’insurrection et de mauvais esprit gauchiste, on le sait bien.


Hé bé, allez, ouste, retournez dans vos classes , mauvais esprits. Et ces assoces ? elles vont crever, qu’importe, ou elles fonctionneront avec des bénévoles  de plus en plus épuisés, préssurés, de plus en plus fragilisés et de moins en moins compétents, parce que la loi, en même temps – volontairement ?- se complexifie ( horreur néologique mais réalité implacable) au nom de la sacro-sainte sécurité ( et ça c’est la trouvaille du siècle) , ou alors elles entrent dans la concurrence et elles vendent leurs services, parce qu’après tout, dans un monde marchand ou  même la mort est un commerce, pourquoi le reste serait-il gratuit ?
Alors, il y a un îlot de résistance ! Jusqu’à quand. ? le pouvoir umpéteur s’en moque, et en face, comme disait l’un de ces hommes de bonne volonté qui laissent temps, argent, santé au service du peuple, en face, c’est à dire à gauche, il n’y a que des clans, quand bien même ces clans soient maintenant dirigés par des cheftaines. Tiens, bourricot, c’est bien la première fois que tu as un mot de travers sur la Madone ! Hé bé oui. Parce que trop c’est trop, parce que la rage s’ajoute à la peine, que les rangs des camarades s’éclaircissent, que l’espoir se révèle pour ce qu’il est, une grande illusion et une sale blague. Et que la douleur est là, et le deuil, lancinants, taraudants. Bon, est-ce que l’histoire repassera les plats ? Est-ce que le peuple de 1789 , de 1848, de 1871 ou de 1905 , de 1968 même, revivra dans ses arrière-petits-enfants ? On verra. En attendant le grand soir ou le petit matin, allez en paix, et portez-vous bien. Quand même.
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L’ÂNE | Lis tes ratures

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Bon, tout le monde sait que ce sont les surréalistes, ou peut-être même les dadaïstes qui ont créé ce joli calembour ( si c’en est un…) ( j’ai un doute). Donc, je plagie, ouh, le bourricot !
Les surréalistes, ils ont beaucoup inventé, en leur temps, et je suis sûr qu’on aurait bien besoin d’eux, d’un Breton, d’un Aragon, d’un Eluard ( avant que ces deux derniers ne sombrent dans le naufrage stalinien – et étaient-ils vraiment dupes ?-), ou encore mieux d’un Tzara ou d’un Crevel ou d’un Cravan, pour se moquer à leur façon désintégrante de la bourgeoisie fate, triomphante et prudhommesque qui règne en politie ( si tant est qu’il y ait vraiment encore politie en ce royaume umpétant !).

Mais tant pis, ils sont morts, et on doit composer avec ça, et aujourd’hui, les poètes officiels du régime s’appellent Barbelivien, Macias, et les bardes ou barderesses Mireille Matthieu ou Doc Gynéco ( tiens, je l‘ai vu dans la lucarne, l’autre soir, le sbire, c’est drôle à quel point cela m’a paru affligeant : le concile des ânes n’en aurait pas voulu pour dérider la fin de ses travaux…)

Mais, allez, on diatribera une autre fois, à chaque jour son petit grignotis, et comme au restaurant, on varie les menus. Aujourd’hui, un petit intermède poétique, pour oublier les chevaliers à la triste figure des budgets à croissance négative et du travail dominical, de la plainte  compulsive et du coup de menton ( ah, Guillebaud ! l’édito de Guillebaud dans notre cher SOD, cette semaine ! la gardeuse des seaux ( et des joyaux, comme dit le Palmipède embastillé, ) elle en prend pour son grade ( quel grade ?)). Et puis, de toutes façons, aujourd’hui, tiens, juste à côté sur notre plate-forme méridionalo-occidentale, il y a une autre toile de rondins qu’il faut absolument dérouler et contempler , c’est celle de l’ami PIKE, courez-y, d’abord, vous serez subjugué par la qualité de l’écriture, et ensuite, question polémique, allez, c’est du tout bon, et , sa modestie dusse-t-elle en souffrir, bien dans la tradition voltairienne où on peut trouver tous ces gens de bonne compagnie polémiste ( mais pas toujours franchement conviviaux…) que furent Léon Bloy ou Paul-Louis Courier, par exemple, et finalement, pas si loin que ça de Vialatte, même si celui-ci reste pour toujours inimitable et inaccessible…

Donc, retour à la poésie, qui est l’une des rares choses gratuites en ces temps de misère. Il y a peu, un ami m’avait posté un distique « inachevé ». et comme cet ami n’est jamais content de ce qu’il écrit, il m’envoie un corrigé – un palimpseste, allez !- de ce distique, et il me dit qu’il a inversé les deux hémistiches du premier vers, parce que pour lui ça « signifiait » mieux et plus, et ça lui procurait la jouissance de créer, en plus, un chiasme ( sur tout ne pas prononcer le « ch » « cheu », mais « keu », sinon, on sombre …). Et il ajoute, l’ami, que le distique, il va – peut-être – le continuer, en faire un tristique, un quadristique ( ça s’appelle alors un tercet, ou un quatrain…). On verra.

 



Et puis, tout de même, un peu de cuistrerie, ça vous pose un âne, allez !

Et pourquoi tout ça ? Parce que la Madone et la Dame des35 heures, je les supplie de mener le peuple de concert vers les lendemains qui chantent, ou, au moins, qui ne déchantent pas trop, que le peuple s’enfonce au fur et à mesure que les zélites s’élèvent, que l’horizon n’est pas franchement bleu, qu’un copain bourricot, pour une peccadille dont on n’est pas même sûr qu’il  soit coupable, a été mis en garde à vue par les pandores, toujours aussi zélés pour ce genre de choses,



plus faciles que d’aller pacifier les banlieues, tout de même. Et que s’il pleut toujours où c’est mouillé, ici, en Catalogne du Nord, il ne pleut pas, que la terre et les puits sont secs, et que les plantes, les animaux et le peuple en patîssent, et qu’un préfet du prétoire surveille, tel le Grand Frère, que vous ne contrevenez pas à ses ordres martiaux. Mais que faire ? arrosez votre thym et votre romarin à la sueur de votre front, 



plantez de l’ortie



à côté de l’olivier , et portez-vous bien. Quand même.

 

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L’ÂNE | Disent les imbéciles

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C’est le titre d’une oeuvre de Nathalie Sarraute,


qu’on a lu il y a longtemps déjà, dont on se souvient à peine, sinon cette petite musique obsédante, si reconnaissable, si lancinante, si unique. Elle est morte centenaire, Nathalie Sarraute,



et elle avait fait partie – enfin, on ne sait pas trop, on ne sait pas vraiment si elle l’avait voulu, ou quoi, il y a cette fameuse photo devant les éditions de Minuit,



ils y sont ( presque) tous, et presque tous morts aujourd’hui, devenus illisibles si tant est qu’ils ont été lu un jour, Robbe-Grillet, Butor, Pinget, Simon, elle, Sarraute, Lindon, qui encore ?- de ce qu’on appelait le Nouveau Roman, et on se souvient avec lostalgie de La Modification, des Gommes, de La Jalousie, de Tamerlan des Cœurs, enfin, tout ça en vrac, et si perdu aujourd’hui, et elle, Sarraute, l’inventrice de « l’ère du soupçon », lu et relu.

Et ce livre, donc, Disent les Imbéciles.




On a l’impression, non, plus que l’impression, la conviction que ces jours-ci, toute la politiquerie met en scène et en voix ce livre, «  disent les imbéciles ». et toujours à propos du Parti socialiste, et plus encore de la Madone. Qui, dans le microcosme, comme disait cet ancien premier ministre giscardien quand il était raisonnable, n’y est pas allé de son commentaire, de son analyse, de son envolée lyrique sur les déboires prétendus du parti Socialiste, et de son jet de bile sur la Madone, qui, souveraine, s’en moque, et ne sort pas son avocat à chaque vilaine saillie, parce qu’alors, le pauvre, il devrait habiter le Palais de justice, tant ils s’en donnent à cœur joie, si tant qu’il y ait du cœur là dedans ? A croire que toute l’umpèterie veut faire valoir ses brevets d’expert ou d’experte en parti socialiste. Le porte-voix jamais à court d’une bourricade, le sémillant Lefebvre, il est dans son rôle, et il ne déçoit jamais, toujours aussi horripilant. Le président umpéteur, pas le Pancrate, mais l’autre, celui qui traite de salope des dames qui ont osé briguer une députation contre un umpéteur, MAM, même, y est allée de ses commentaires, toujours aussi doctorale et pédagogue, très chic et tout et tout. Et pus les dernières, deux bonnes dames de l’umpèterie triomphante, une ministre censé s’occuper des sans-logis ( mais oui, mais oui, ça existe,  on n’est jamais à court d’une bonne blague, fusse-t-elle de l’humour le plus noir !)qui fustige la tenue des deux dames socialistes, qui desservent, à l’entendre, la cause des femmes. Donc, Madame Boutin, quasiment maoïste, ou sartrienne, disciple de Beauvoir, ah, que c’est beau, les miracles que peut faire la Madone, assistée en cela par la Dame des 35 heures. Et puis la meilleure, c’est la princesse des Balkans, vice-présidente d’un conseil général dans un département pas vraiment sinistré, et qui a osé – osons, osons !- dire que Ségolène, c’était du « copié-collé » de Le Pen. La Madone en ersatz du borgne bondissant ! Il fallait le faire. C’est de l’infamie ? A vous de juger ! moi, je relis le livre de Sarraute, Disent les imbéciles,




et je me dis que ma foi, ça court les rues, ces diseurs-là, chez les savants commentateurs droitiers des avanies du PS. Si tant est d’ailleurs qu’il y ait avanie. Après tout, on est en république, et même en démocratie. La liberté de débat, d’expression, et même d’invective témoigne de la bonne santé de cette république là. Pour le moment. Alors, vive le socialisme ! Vive la Madone ! Et laissons dire les imbéciles ! Et surtout, portez-vous bien. Quand même.

 

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L’ÂNE | Vrai ( enfin, presque…) haïku


Samedimanche. Comme toujours dans l’attente, le temps suspendu. Qui, de la Madone ou de la Dame des 35 heures ? Il faudra dire aux cagots de tous bords que, ma foi, si l’on idolâtre la Madone,  on vouerait presque  un culte de dulie à la dame des 35 heures, parce qu’enfin et quoique disent les faux dévots et tartuffes de toutes sortes, les 35 heures c’est mieux que la retraite à 70 ans et le travail dominical du faux frère  Pathelin Bertrand. Donc, on garde un morceau de toile de rondins pour reparler des socialistes, qui, même quand ils sont pires,  sont moins pires que les umpéteurs, dont on remplit patiemment le bêtisier, en attendant de le graver ( mais DEB, lui, a commencé, et ce n’est pas un bêtisier, c’est une litanie de la ruine, et à qui la doit-on, sinon – et tant pis pour ce communisme primaire !- à tous les capitalistes de tous bords, de tous acabits et de toutes obédiences ?).

Et donc, comme c’est samedimanche, que la poésie c’est une des rares choses qui restent dans les temps d’infortune, que le courage s’en nourrit, ma foi, et qu’on l’aime, la poésie, et les poètes avec, le Japon, et l’art compliqué du haïku,



en voici un d’un poète méconnu de l’île du Nord ( je ne sais jamais quelle c’est…), à peu près au temps où Louis XIV, pour mieux humilier ses courtisans, déféquait en public devant eux qui s’émerveillaient de la beauté des fèces royales.

Il a signé, ce poète vagabond et masqué, 



tantôt Nagamochi, tantôt Fukkatsu, tantôt les deux, c’est-à- dire Fukkatsu Nagamochi. J’ai trouvé un de ses recueils dans un vide grenier , entre Cerdagne et Capcir , un petit livre bien fatigué, au titre improbable, Derrière Les Chiennes.

Et voilà le haïku :

 

Alors ?  Moi, ça m’enchante et ça me plonge dans un drôle d’état, comme quand tu es un peu fatigué, un peu malade, à peine, mais tranquille, à la nuit tombante, sous la lumière douce de ton abat-jour familial, tout seul, mais les ombres autour peuplées de tes fantômes, dans ton vieux fauteuil moulé à ton corps, tu es à la fois bien et drôle, entre deux fièvres, et tu t’envoles, tu écris mentalement des poèmes sans fin aux Madones, aux odalisques et aux femmes de la rue, aux merveilles, à l’épouse cachée, peut-être même des poèmes de route, d’amitié, de compagnonnage, de refus, qui sait ?

 Et vous ?Allez, fiévreux ou pas, transi ( amoureux ?) ou pas, poètes au long cours ou pas , portez-vous bien. Quand même.

 

 

 

L’ÂNE | Les éléphants du Père Ubu

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Allez, depuis le temps, je ne vais la faire à personne, tous les nautes qui viennent parcourir ma toile de rondins, savent la béate –d’aucuns disent « sotte »…- admiration, à la limite du culte de latrie, que je voue à la Madone. Et, comme vous le savez, la Madone, elle voulait être couronnée par son peuple extasié. C’est bien normal, il y a un cantique que nous chantions quand, au siècle dernier, nous étions enfants de chœur – mais oui, mais oui !-, mes cousins et moi, et que résonnaient dans la magnifique ( et trop délaissée…) église romane où nous officiions, les couplets transportés de «  chez nous soyez reine.. »,

« Chez nous soyez reine

Nous sommes à vous

Fondez votre domaine

chez nous chez nous »,

ou à peu près (et j’étais déjà bien avancé dans la bourricotude, puisque les premières fois où j’entendis ce vibrant cantique, je m’interrogeai, et interrogeai de même ma grand-mère qui nous conduisait à l’office ; sur ce nouveau personnage du panthéon – non, ce n’est pas le mot, il y un autre mot, dans le langage liturgique, il m’échappe, mais je compte sur l’ami Patrick Pike, ou sur le petit singe vert pour le rappeler à mes oreilles d’âne, ou sur Ariane, perdue sur son rivage lointain et silencieuse depuis si longtemps…-, «  Chénou », nom qui résonnait à mes oreilles et à l’intérieur de mon petit cerveau dévot comme celui d’une lointaine princesse africaine, «  Chénou ! Chénou ! » !)

Alors, elle s’est présentée, la Madone, au suffrage des militants de la cause socialiste ( et voilà les vrais héros anonymes des temps modernes, les militants, ceux qui perdent argent, temps et forces pour lutter pour un monde meilleur, dangereux idéalistes, et souvent bernés par, comme on disait quand il y avait une presse politique, « les luttes d’appareil » !

Et à partir de là, dans la savane, ça a été la guerre des éléphants, cornaqués sûrement par un émule – certes moins sanglant, mais tout aussi absurde !- du Père Ubu. On a vu revenir de leurs retraites, îlienne ou autre, tous ces vieux pachydermes au cuir tanné et retanné, couturés de blessures qui auraient pu être mortelles pur d’autres moins durs à cuire, et barrir tout le mal qu’ils pensaient de la madone, s’allier entre eux, après s’être bien rudoyés à grands coups de défenses et de trompe, pour mener charge sur charge contre elle, deux anciens Premiers Ministres du même parti que la Madone s’illustrant particulièrement dans ce combat, l’un à la manière florentine de son maître en politiquerie, et l’autre, beaucoup plus brutalement, à la manière des lideurs trotskistes dans les AG soixante-huitardes , puisque, quoiqu’il en ait, il fit parti(e) de ces troupes expertes en entrisme, noyautages, prise de paroles interminables et manipulation…

Accompagnés par quelques anciens ministres du sphinx tontonesque ( dont l’éternel ministre de la culture, qui, pourtant, fut, naguère, le porte-voix de la madone ! On n’en est pas à une contradiction – comment ? vous dîtes « trahison » ? allons, ne nous emportons pas !- près, surtout, que la contradiction, en bonne dialectique marxiste, fait partie des exercices obligés, non ?), ils ont donc dévasté la savane, et ça a pu aller jusqu’à l’insinuation plus que malveillante avec un rapprochement tellement sous-entendu que c’était comme s’il avait été hurlé, entre les néo-socialistes de 40 et Ségo, les premiers , on le sait, ayant glissé dans le plus infect des « national-socialismes ».

Pour finir comment ? par un vote qui, au lieu de clarifier, obscurcit encore plus la chose, et transporte encore davantage la Madone, qui ne va pas «  se laisser faire » ( et pour ça, on lui fait confiance…) puisque dans ce combat de dames, la « dame des 35 heures » l’aurait emporté de …42 voix ! Tudieu ! On se croit transporté à l’extrême Sud, dans la Fidelissima, et le retour de la chaussette tueuse ! Et comment cela se finira-t-il ? Au cimetière des éléphants, sûrement, pour lesdits pachydermes. Et pour les dames, après un bon crêpage de chignons ( Ouh, le vilain machiste !), par un combat douteux de plus. Elles ont de la ressource, les diablesses. Ceux qui risquent d’en manquer, de ressources, c’est les humbles et petits soldats du peuple de gauche. Et si les umpéteurs ricanent, on ne peut leur en vouloir, eux, qui se déchirent autant, mais comme on le fait à droite, avec toute la discrétion compassée de la bourgeoisie emboucanée ! on est là, à cette heure. Et dans cette attente insupportable, de savoir si on va assister à l’Assomption de la Madone ou à l’avènement de la Dame des 35 heures, prenez patience, homoncules, et  portez-vous bien. Quand même.

 

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L’ÂNE | distique inachevé

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On est suspendu. Demain, la Madone, ou non. Plein d’autres grignotis commencés sur la toile de rondins. Et toujours les mêmes doutes.

Alors on appelle un ami, et il vous envoie ce qu’il nomme un distique inachevé, manuscrit bien sûr.

 

Et imprimé.

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« L’aube est morte avec l’ange dans le couvent désert
Et la  blancheur perdue dans le sang mélangé »
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Et puis, il vous dit, à demain, camarade, le soleil brille pour tout le monde.
Qui sait ? vérifiez en ouvrant les volets, peut-être que la Madone veille, et portez-vous bien. Quand même.
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L’ÂNE | L’ennui

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Je ne m’ennuie jamais.


Enfin, je crois. Jusqu’à maintenant. Mais on n’est pas à l’abri. Surtout avec la retraite, comme on dit. Bah, la retraite ! ça n’a aucun sens, le mot. La chose, un petit peu. Je pense toujours à Bunuel, l’immense Luis, qui, à la fin de sa vie, ne tournait plus, faisait la grasse matinée, traînassait le matin et laissait passer le temps jusqu’à l’apéritif de midi puis la sieste, puis un peu de temps jusqu’ à l’apéro du soir, tapas, repas qui traîne, on dort et ainsi de suite jusqu’à la fin. Bunuel ! Celui qui a tourné La Voie lactée, Le Charme Discret De La Bourgeoisie, Le Fantôme De La Liberté, pour ne parler que de ces trois chefs d’œuvre. Alors si lui s’ennuie, pourquoi pas nous ?



Mais non. Parce que pour le moment, le temps est bien chargé. Tous les jours il y a quelque chose à faire, et surtout tous les jours il y a un combat à mener,




une crasse à nettoyer – ou au moins, à montrer- une fumisterie politicienne à moquer et démonter, un ahurissement à raconter. La Renarde Argentée et son compère austère  à nom d’étoile filante et leur «  croissance négative » : c’est-y- pas beau ça, comme foutaise ? Et le pire, c’est qu’il s’en trouve et des qu’on croit intelligents et tout et tout pour applaudir des deux mains à cet oxymore calamiteux inventé par ces deux océans jumeaux de la pensée économique. Et le Pancrate à l’ONU, et pas au Congo, quand même, faut pas exagérer ! Et le reste à l’avenant. C’est simple, on devrait rester enchaîné à sa toile de rondins et la dérouler sans cesse y gravant des grignotis sans fin comme ces scribes du Moyen âge nés, élevés et morts dans des abbayes lugubres où ils s’usaient les yeux nuit et jour à graver, regraver enluminures et manuscrits qui font aujourd’hui le miel des bibliothécaires et des marchands, et Le Nom De La Rose donne une assez bonne idée de ça, et on pardonne beaucoup à Annaud ( et bien sûr à Eco, à qui on n’a rien à pardonner, d’ailleurs) puisqu’il a fait  ce film.

Mais l’ennui. Il est sournois, l’ennui. On en fait des films étonnants,



et des tableaux magnifiques,


qui le suent, l’ennui,



mais que l’on voudrait partager, cet ennui. Puis, on le vit, souvent seul, l’ennui.



Et par exemple ce soir, l’âne aiguise ses plumes d’oies et son trépied à daguerréotypes parce qu’il va aller visiter des anciens combattants en bout de course, et des comédiens amateurs qui vont sur des tréteaux de fortune donner une représentation qu’ils appellent artistique et théâtrale. Et là, oui, c’est l’ennui. Parce qu’il y a toujours mieux à faire, un livre à lire,



tiens par exemple les Nouvelles complètes de Jim Balard, avec qui j’ai appris à écrire de la science-fiction, et qui viennent d’être publiées chez Tristram, grand petit éditeur. Ou regarder un film sur les chaînes cinéma, et ce n’est pas ce qui manque. Ou voir , allez, tout de même, l’équipe de rugby de Perpignan affronter dans un combat douteux celle de Biarritz,  Catalogne du peuple contre Côte basque bourgeoise, ça vaudra son pesant d’épopée. Mais non, ce soir on fait le boulot, l’échine chargée du petit baluchon du petit correspondancier, trognes rouges devant le petit oiseau qui va sortir, canards sauvages qui sont tout sauf harmonieux, blagues de comptoir après le dernier pastis . Tu craches dans la soupe, bourricot ? Mais non, mais non, c’est souvent – presque toujours- passionnant, d’aller à la rencontre, de photographier, et surtout d’écouter, puis d’écrire, écrire, ça, surtout, avant tout, devant tout, écrire. Mais il y a des soirs, d’anciens combattants qui furent héroïques mais sont bien fatigués et de mauvais comédiens aveuglés, où on se dit qu’on devrait casser l’appareil et ne pas remettre d’encre dans le stylo. Ça ne dure pas, parce qu’il y a toujours une pépite à trouver. C’est encore Bunuel qui le disait ( enfin, j’aime croire que c’est de lui) : même dans le plus mauvais des navets, il y a toujours au moins trente secondes géniales. Ce sont ces trente secondes que je vais aller chercher, ce soir. Tant pis pour le film, pour Ballard, pour l’USAP ( mais je m’en fous, l’Aviron Bayonnais a gagné !), pour les poèmes que j’aurais peut-être écrits et camouflés : ce soir, je marronne, aux anciens combattants et aux comédiens de village ; et vous allez voir, que si en plus la Madone règne à Reims, je vais m’en trouver bien. C’est toute une philosophie. Pas celle du rond point, non, mais toute une philosophie de l’ennui ( lisez ce petit livre !)



Alors, j’y vais guilleret, finalement. Et vous ? Quoique vous fassiez ce soir, ennui ou pas, attention à la terrible maréchaussée, aux prétoriens au ministre boute-feu, et portez-vous bien. Quand même.

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