L’ÂNE | Fripouillerie, mode d’emploi
Samedimanche. En plus, comme c’est entre Noël et le Jour de l’An,
ça fait comme un énorme samedimanche. Une longue trêve des confiseurs.
Et non. Ne parlons pas de l’éternelle guerre des frères ennemis, en
Palestine ou Israël. Tout le monde en parle, et en parler plus n’enlève rien à
la lassante horreur sans cesse renouvelée de cette guerre éternelle.
Donc, rien, si ce n’est, mais c’est tellement évident, que c’est
toujours les mêmes qui trinquent, les populations civiles. Je parlais hier des
pieds nickelés tragiques qui envoyaient leurs bombes sur leurs propres enfants.
C’est déjà dépassé, maintenant. Et tous ces guerriers – guerriers !- plus
prompts à brandir le fusil que la charrue ! Mais on enfonce des portes
défoncées depuis longtemps, non ? Alors, les bourricots retraitent sur les
hauteurs cerdanes encore désertes, même enfouies sous la neige si abondante
aujourd’hui, et à l’écart des hommes, hochent leur tête, et de temps en temps
braient au clair de lune, mais personne ne les écoute.
Non, ce qui m’interpelle ( ouaf ! ouaf ! freudisme de
cours du soir…) aujourd’hui, c’est le retour en force ( mais est-ce vraiment un
retour ?) de la fripouillerie en tous genres, et surtout, bien sûr,
politicienne ( n’y a-t-il pas du pléonasme dans l’air, là, dans
« fripouillerie politicienne » ?). Donc, l’immense héraut de
l’umpèterie triomphante a déclaré ( décrété ?) que la fusion des
départements et des régions, c’était pour bientôt, et itou la fusion de certaines
régions entre elles, comme par exemple haute et basse Normandie, et Aquitaine
et Charente-Poitou ( ou l’inverse). Tiens donc ! C’est vrai que c’est une
réforme urgentissime, quand les SDF meurent par centaines dans les rues de
notre république, quand les hôpitaux tellement affaiblis ne peuvent pas
empêcher la mort d’enfants, quand les banques en sont quasiment à faire la
manche, quand un jeune hurluberlu iconoclaste reste en prison pour un délit
dont on n’est pas sûr qu’il l’ait commis et qu’un spadassin, lui, pourtant en forte
délicatesse avec la justice, va être libéré, parce que ses copains
plénipotentiaires savent quels cordons tirer, et quelles portes enfoncer. C’est
sûr, fondre départements et régions, c’était ça le plus urgent : le
chômage, la crise, le terrorisme, le nucléaire, toutes ces balivernes, tout
doit céder la place à cette réforme océanique et himalayenne, comme ses auteurs !
Et pourquoi ? Allez, on va faire le mauvais esprit : parce que toutes
les régions sauf une sont passées à gauche, et que les départements ont basculé aux dernières cantonales, et
aussi à gauche ! Voilà tout ! Et il peut dire ce qu’il veut, le
porte-voix umpéteur ( et il le fait, d’ailleurs, avec un aplomb qui n’a pas son
égal dans l’hexagone, à part peut-être le sévèrement burné), moi, tout âne que
je suis, je n’en démordrais pas : si tu fusionnes l’Aquitaine et le
Poitou, tu supprimes un président de région, et pas des moindres, puisque qu’il
y a une chance sur deux que ce soit la Madone ! On pourrait continuer la
démonstration, mais c’est inutile, parce qu’il y a la contre-preuve, la
pérennité du Sénat : s’il y a une institution politique qui coûte cher, ne
sert à rien, donne l’exemple du luxe, du calme et de la volupté qui ne convient
pas à la vie politique, c’est bien le Sénat ! Hé bé non, lui, il perdure.
Enfin, on verra bien : il semblerait que quelques vénérables sénateurs, du
fond de leur assoupissement, aient levé un œil désapprobateur et maugréé
quelques borborygmes grognons contre le Pancrate et sa gent gouvernante !
Qu’ils se méfient, alors, les sénateurs, tout umpéteurs qu’ils soient, ils
risquent de changer de maison de
retraite, et quand on en a visité une, de ces maisons, ordinaires, dans la
province profonde, on frémit d’avance pour ces pauvres vieux résidents de la
république.
Alors, fusionnons ? Alors, moi, je fusionne pour une Catalogne unie, et même pour des pays catalans réunis, du Val d’Aran en Sardaigne, en passant par Llivia,, Coustouges, Figuères, et, bien sûr, Tarragone, jusqu’à Valencia, sans oublier bien sûr , la Fidelissimma débarrassée de ses chaussettes, et Barcelone l’impériale !
Allez, on verra si une fripouillerie aussi grosse va passer. On
verra si le peuple catalan qui a refusé la Septimanie refusera la disparition
de ses Pyrénées Orientales. Et sinon, on aura des doutes sur la sincérité de la
levée de ce peuple contre la Septimanie. Bon, c’est pas tout, ça, mais on est
obligé d’aller vite : un humoriste d’antan qui a eu des talents et les a
irrémédiablement perdus vient de récidiver dans ses fripouilleries sur une
scène parisienne, en décorant( !) un négationniste pourtant condamné par
la loi, et en osant le faire décorer par un pseudo-comédien vêtu du pyjama rayé
des camps. Il paraît que ça a fait rire Le Pen. C’est bien ce que disait
Desproges, non : on peut rire de n’importe quoi, mais pas avec n’importe
qui ; et en tout cas, le pseudo-humoriste, on aimerait que ce ne soit que
le naufrage d’un humour asséché, et on craint que ce ne soit pire, l’expression
d’un idéologie bien remâchée, qu’on croyait évacuée avec l‘eau des égouts de
l’histoire. Et non. Allez, bon
samedimanche malgré tout, et
portez-vous bien. Quand même.

























