L’ÂNE | Disent les imbéciles
C’est le titre d’une oeuvre
de Nathalie Sarraute,

qu’on a lu il y a longtemps déjà, dont on se souvient à
peine, sinon cette petite musique obsédante, si reconnaissable, si lancinante,
si unique. Elle est morte centenaire, Nathalie Sarraute,

et elle avait fait
partie – enfin, on ne sait pas trop, on ne sait pas vraiment si elle l’avait
voulu, ou quoi, il y a cette fameuse photo devant les éditions de Minuit,

ils y sont ( presque) tous, et presque tous morts aujourd’hui, devenus
illisibles si tant est qu’ils ont été lu un jour, Robbe-Grillet, Butor, Pinget,
Simon, elle, Sarraute, Lindon, qui encore ?- de ce qu’on appelait le
Nouveau Roman, et on se souvient avec lostalgie de La Modification,
des Gommes, de La Jalousie, de Tamerlan des
Cœurs, enfin, tout ça en vrac, et si perdu aujourd’hui, et elle,
Sarraute, l’inventrice de « l’ère du soupçon », lu et relu.
Et ce livre, donc, Disent
les Imbéciles.

On a l’impression, non, plus que l’impression, la
conviction que ces jours-ci, toute la politiquerie met en scène et en voix ce
livre, « disent les imbéciles ». et toujours à propos du Parti
socialiste, et plus encore de la Madone. Qui, dans le microcosme, comme disait
cet ancien premier ministre giscardien quand il était raisonnable, n’y est pas
allé de son commentaire, de son analyse, de son envolée lyrique sur les
déboires prétendus du parti Socialiste, et de son jet de bile sur la Madone,
qui, souveraine, s’en moque, et ne sort pas son avocat à chaque vilaine
saillie, parce qu’alors, le pauvre, il devrait habiter le Palais de justice,
tant ils s’en donnent à cœur joie, si tant qu’il y ait du cœur là dedans ?
A croire que toute l’umpèterie veut faire valoir ses brevets d’expert ou
d’experte en parti socialiste. Le porte-voix jamais à court d’une bourricade,
le sémillant Lefebvre, il est dans son rôle, et il ne déçoit jamais, toujours
aussi horripilant. Le président umpéteur, pas le Pancrate, mais l’autre, celui
qui traite de salope des dames qui ont osé briguer une députation contre un umpéteur,
MAM, même, y est allée de ses commentaires, toujours aussi doctorale et
pédagogue, très chic et tout et tout. Et pus les dernières, deux bonnes dames
de l’umpèterie triomphante, une ministre censé s’occuper des sans-logis ( mais
oui, mais oui, ça existe, on n’est
jamais à court d’une bonne blague, fusse-t-elle de l’humour le plus
noir !)qui fustige la tenue des deux dames socialistes, qui desservent, à
l’entendre, la cause des femmes. Donc, Madame Boutin, quasiment maoïste, ou
sartrienne, disciple de Beauvoir, ah, que c’est beau, les miracles que peut
faire la Madone, assistée en cela par la Dame des 35 heures. Et puis la
meilleure, c’est la princesse des Balkans, vice-présidente d’un conseil général
dans un département pas vraiment sinistré, et qui a osé – osons, osons !-
dire que Ségolène, c’était du « copié-collé » de Le Pen. La Madone en
ersatz du borgne bondissant ! Il fallait le faire. C’est de
l’infamie ? A vous de juger ! moi, je relis le livre de Sarraute, Disent
les imbéciles,

et je me dis que ma foi, ça court les rues, ces
diseurs-là, chez les savants commentateurs droitiers des avanies du PS. Si tant
est d’ailleurs qu’il y ait avanie. Après tout, on est en république, et même en
démocratie. La liberté de débat, d’expression, et même d’invective témoigne de
la bonne santé de cette république là. Pour le moment. Alors, vive le
socialisme ! Vive la Madone ! Et laissons dire les imbéciles !
Et surtout, portez-vous bien. Quand même.















