L’ÂNE | Pigeon vole…
Parfois, l’actualité, le réel, ça a de ces carambolages, je ne
vous dis pas…
Bon, on ne va rien dire de l’actualité internationale, ni même
nationale, les gazettes sont là pour ça, et si certaines pourraient toujours
servir de papier à faire reluire les bottes des puissants, d’autres, assez
nombreuses, allez, font tant bien que mal leur métier, en ces temps de disette
multipolaire ( je ne sais pas ce que ça veut dire, mais j’avais envie de le
placer, ce mot, qui me bassine à longueur de sabots, quand il m’arrive de
m’égarer sur les sentiers de la géopolitique ( Grand jumart ! Un âne
savant ? Au bûcher ! Au bûcher !) ).
Alors, deux petites choses qui se sont collisionnées – tiens,
vous l’avez vu, ce superbe film, Collision ; je ne sais plus
de qui il est ( ah, vilaine mémoire asinesque !), mais il valait son
pesant de chardons, non ? Allez, je vous vois venir : « Bien
mieux que nos comédies franchouillardes ! » Mais non, mais non,
certaines de nos comédies franchouillardes, hé bé, je ne m’en lasse pas, Les
Bronzés Font Du Ski, par exemple et Le Père Noël Est Une Ordure,
et même que quand je suis seul sur les sentiers cerdans, je me braie à moi même
certaines répliques ( « e possible votre ami pas regarder à la fenêtre, per favore … »), je revois
certaines scènes, celle de la boisson au jus de batracien, et je me désopile à
m’en péter les sabots -, l’événement théâtral planétaire auquel vous n’avez pas
pu échapper, Nanard le sévèrement burné dans une refaçon d’Oscar, qui, déjà,
était un nanard, et là, accommodé à la sauce nanardesque, hé bé, c’est
Shakespeare travaillant de concert avec Molière et mis en scène par Planchon et
Chéreau. Allez, on ne va pas déblatérer, lisez Schneidermann dans Libé,
ça suffira, et c’est vrai qu’il y a quand même quelque chose de minable, de
choquant, là dedans, parce qu’enfin,
sont-ce eux, les héros de notre temps, ces bateleurs pas vraiment
vertueux ?
Voilà, et pendant qu’on porte aux nues le nouveau Raimu mâtiné
de De Funès, qui croûle sous les sous que la république lui rend, bonne fille,
dans le fin fond de nos belles provinces, dans un petit orteil de notre douce
France, entre Bayonne et Perpignan, entre Ariège et Haute-Garonne – citons nos
beaux départements avant que les armées pancratiennes et les cohortes
umpéteuses ne les désintègrent !- un citoyen tout ce qu’il y a de plus
honnête, travailleur et tout et tout, qui a consacré sa vie laborieuse au
service public et a œuvré pour le rapprochement des êtres et l’abolition des
distances, par tous les temps, quand le chemin de fer était une société
nationale qui faisait l’orgueil de la république, eh bien, ce citoyen imposé et
imposable, qui conduisait paisiblement sa voiture, juste avant Noël, et
rentrait dans son petit village bigourdan pour préparer la crèche, les bûches,
les cadeaux et les huîtres., ce citoyen, donc, il roulait sur une route à quatre voies, par conséquent
limitée à 110 kms à l’heure, vitesse q=u’il respectait scrupuleusement,
régulateur à l’appui ; puis la 4 voies est devenue une deux voies, limitée
à 90 : vite, vite, coup de frein et on ralentit ; et de suite après,
hop, repanneau, et on passe à 70 ; et hop, il obtempère encore, le
citoyen ; et puis hop, un village, coup de frein, le voilà à 60, non 59,
et hop, la jumelle tueuse, le flash vengeur, les pandores atrabilaires, et
voilà le citoyen penaud conduit à résipiscence, et prenant une amende de 90
euros et 1 point de moins sur son permis, lui qui pendant des années a conduit à bon port ( à bonne gare, allez
!)des centaines de voyageurs, dans toute la France et même jusqu’en Suisse, sans
incident ni retard : oui, oui, croyez-moi, il n’y a guère, la SNCF ne
connaissait les retards que de façon épiphénoménale !
L’ironie du sort ( si ironie…), c’est que le bon citoyen , lui,
il ne joue pas au théâtre, n’a pas eu maille à partir avec quelque banque que
ce soit, n’a pas connu les geôles de la république, n’a escroqué personne, paye
ses impôts, accomplit son devoir électoral, s’occupe même bénévolement
d’associations, mais a eu le tort de se
trouver en fin de mois et d’année – il faut faire du chiffre- sur le chemin
d’un adjudant pandoresque, qui le réprimanda martialement, et vous savez
où ? dans un lieu qui porte un double nom bien poétique : il s’agit
d’un « pré », là où peuvent en toute liberté batifoler les ânes, et
ce pré il s’appelle, je vous assure « bonrepaux » !
« Bonrepaux ! » En fait de repos, c’est le repos du gendarme,
qui, bien posté à l’entrée du village, peut
interpeller les redoutables chauffards qui passent la pancarte
indicatrice d’entrée du bourg à 54 à l’heure au lieu de 50 ! Et
l’adjudant, sans rire, il porte à peu près, à une lettre près le nom du héros
de Francis Veber dans la plupart de ses films, vous savez celui qui a l’air un
peu ahuri, par exemple – et je ne parle que du film, là ! – dans Le
Dîner De Cons. C’est Pignon, non, qu’il s’appelle ( dans le film,
bien sûr !) ? Allez, c’est un vrai conte de Noël, avec dindon de la farce,
en l’occurrence le citoyen, ancien cheminot exemplaire, et qui enrage encore
contre la vindicte pandoresque, parce qu’ il sait très bien que dans deux
jours, pour la saint Sylvestre, il y aura de vrais rodéos, dans certaines cités
de notre douce France, et même des voitures volées, brûlées, et le cetera, et
qu’elles ne rouleront pas à 54 km à l’heure en ville, mais que ce soir-là, les
pandores, hé bé, sûrement qu’on les verra moins, dans les rues bien tranquilles
de nos jolies banlieues : non, mais c’est vrai, quoi, il y a des huîtres à
ouvrir, des réveillonneurs à cheveux blancs, ces dangereux retraités qui coûtent
si cher à la dette publique, à contrôler juste à la sortir de la salle
polyvalente du village, quand ils reprennent leur Twingo pour aller se coucher,
et des conducteurs distraits à punir, eux qui roulent à 54 kms à l’heure, la
ceinture de sécurité bien enclenchée, juste à l’entrée d’un village désert, au
fin fond de nos provinces, dans le petit orteil de notre douce France. Vous
voyez, on peut dormir tranquille, on est bien surveillé ! Alors, citoyens,
restez vigilants, si l’œil était dans la tombe et regardait Caïn, l’œil du
pandore, lui, est dans la jumelle et regarde le citoyen. Allez, ça n’arrive pas
aux ânes, ça, de galoper à 54 kms à l’heure. Alors, ralentissez, méfiez-vous
des jumelles tueuses, et portez-vous
bien. Quand même.






























