L’ÂNE| Toile de rondins, bière belge, ministre en goguette et accorte servante
Dur lundi ! Non, c’est un pléonasme : lundi, tout court. Le jour de la lune, qui, on le sait, est sujette à humeurs. Pas la lune d’ailleurs, mais ceux qui sont sous son influence. Et qui y échappe ? Le samedimanche est passé, sous la pluie dans notre douce France, sauf ici en Catalogne, où ça en devient terrifiant : on relit le grand livre de Ballard ( bon, on l’a dit aussi, Ballard n’a fait que des grands livres, du moins dans le domaine qui nous intéresse, la science-fiction, et lui, il appelait ça, avec d’autres, Brian Aldiss par exemple, et je crois même que c’est lui, Brian, qui a inventé le terme ( mais qu’en sait un bourricot ?) de « spéculative fiction », que, pour une fois on a simplement et correctement traduit en français, par, évidemment, « fiction spéculative »), Sécheresse, et on se dit, ça y est, une fois de plus, ils ont raison, les écrivains de SF, ils l’ont vu et dit avant tout le monde, et la rivière, non, le fleuve, le fleuve de l’aigle, il est à sec que c’en est une misère, on dirait presque un jardin japonais, tellement il y a de jolies pierres et de beaux cailloux mais pas le moindre filet d’eau, et le puits, dans le jardin, il est désespérément vide lui aussi, et seule la mauvaise herbe pousse, et en plus, dans notre Catalogne, le préfet du prétoire, il a publié aux trois coins du triangle un « arrêté » ( pourquoi pas un « arrêt » ? ce serait plus parlant et ça veut bien dire ce que ça veut dire, comme sous l’Empire ou l’ancien régime, quand le peuple oyait des « arrêts » qu’il n’aurait su lire, et qui l’enjoignaient, le peuple, de faire ceci et cela, et d’obéir à celui-ci et celui-là, parce que le peuple, sous ces anciens régimes là, il n’avait qu’’une chose à faire , qui contenait toutes les autres, se soumettre, ou obéir, c’est la même chose, pendant que les « grands », les « puissants », les seigneurs gouvernants, eux, ripaillaient, bambochaient, pillaient, dévastaient, étripaient même quelque peu, et bien sûr envoyaient au coin, et le coin à l’époque, au mieux c’était le pilori, le brave petit peuple qui aurait osé remuer ne serait-ce que le bout du petit orteil). Ça a changé ? Vraiment ? oui, un peu, dans les formes, et dans l’espace de liberté. Mais dans la bamboche, la ripaille et l’écrasement du menu peuple, qui sait ? Sauf que le peuple, un petit génie malicieux et bienveillant lui a donné une baguette magique qui lui permet non pas toujours de se défendre, mais de se protéger un peu et de faire connaître à l’univers vivant les turpitudes des soi-disant chevaliers «de la bonne gouvernance ». Allez, l’outil c’est mieux qu’un outil, c’est la toile de rondins, les toiles de rondins, et leur océan commun, l’Internationale des nautes, la Grande Toile.
Car voici que dans la Grande Pomme, La Nouvelle Angoulême, New York City, quoi ! il y a eu une rencontre improbable d’un ministre et d’une servante dans un bar, et le tout , le bar, la servante, le ministre, et la bière subséquemment, belges ! Eh oui ! Non, non, ce n’est pas une histoire belge, mais une histoire vraie. Le ministre, vaguement en mission, même si des sources à peu près officielles disent que la mission, eh bien, elle n’était pas tout à fait impossible et encore moins nécessaire, et la servante, elle, au travail, dans le bar, et flamands, tout ce petit monde. Et donc, notre Ministre – et rappelons que le mot, très exactement, signifie « serviteur » ( ouaf !ouaf ! tout le monde rigole !) dans le bar belge de New York City, aurait eu un comportement qui convient plus à un soudard qu’à un ministre, et plus à un pilier de comptoir qu’à un représentant en mission. Bon, la nature humaine étant par définition tant humaine que naturelle, on comprend, et même on connive presque avec le ministre un peu paillard, sûrement éméché , et probablement roi de la « déconne » d’outre-quiévrain, comme on dit dans certaines gazettes pédagogisantes. Là où ça devient un peu ennuyeux, pour ledit ministre, c’est que la servante belge du bar belge, elle l’a vu faire, son ministre, ça l’a un peu outrée, et elle l’a racontée, la scène à la Brueghel, mais oui ! mais oui ! sur sa toile de rondins ! Et voilà comment on peut finir en garde à vue, à poil, avec les pandores vous explorant à la longue vue l’orifice trouduculier, comme disait – on ne sait jamais, je me couvre avec des références ( révérences ?) inattaquables !- le grand Guillaume Apollinaire !
Donc, le ministre, déconfit, mais toujours ministre, il s’est défendu, comme un ministre. D’abord, il s’est débrouillé pour que l’insolente jeune entoileuse de rondins, eh bien, elle soit licenciée. Non mais ! Quand on est servante de bar belge, on se contente de servir la bière, on la boucle, et surtout on n’entoile pas de rondins racontant par le menu les frasques de l’un et les avanies de l’autre ! Et puis, comme il est ministre, il a solennellement , devant le Parlement belge, dénoncé le danger de ces pernicieuses et outrageantes toiles de rondins, qui mettent l’univers plus sûrement en péril que la sécheresse, le réchauffement climatique, toutes les bombes A et H stockées dans tous les arsenaux de toutes les armées du monde, et tous les Aliens réunis, de Prédator à Terminator, en passant par The Thing . Haro sur les toiles de rondins, les entoileurs, et donc, aussi, du même élan, haro sur le baudet ! Il ne s’est pas contenté de dénoncer, le bon serviteur du peuple, il a aussi mis au travail ses services juridiques pour réfléchir aux dangers des toiles de rondins, et aux moyens de défendre son honneur, non sans avoir ajouté qu’il s’agissait d’un « non-événement » ( alors, pourquoi en faire tout un fromage, fût-il – ou fusse-t-il, Patrick ? Coquine ?- flamand ? ). Notre bon ministre, n’eût-il pas fait mieux de se taire, et de faire, comme l’eût fait un bourricot à sa place ( mais qu’irait faire un bourricot à New York City, dans un bar belge de surcroît ?) profil bas et acte de contrition ? Mais non ! Il est ministre, enfin, et il y a crime de lèse-excellence. Mais les entoileurs sont gens têtus et solidaires : voilà-t-y pas que d’autres dangereux entoileurs ont publié sur leurs toiles documents et daguerréotypes divers montant notre bon ministre à son avantage, canette de bière aux lèvres ou tiradant sur les mérites de l’omelette ? Et tout ça, bien sûr, en mission officielle ! à l’ONU ! En plein New-York, et pas sur les bords paisible du Quiévrain, donc ! On pouvait croire qu’à l’ONU, aujourd’hui, les urgences, c’était, par exemple, le Darfour, L’Irak, l’Inde, l’Afghanistan, mille autres endroits où habite le diable, plutôt qu’un bar belge à Angoulême ! Ah lala, La Fontaine, sil revenait aurait toujours de quoi faire d’infinis recueils de fables, et Tallemant des Réaux des historiettes sans fin ni fond ! En fait, il nous manque un Saint-Simon ! Bon, il y a le palmipède menotté ! Mais il n’entre pas, que je sache, dans les intentions de notre Xavier éducatif en chef de l’inscrire au programme de toutes les écoles. Ceci dit, il s’est trouvé des gazettes pour narrer l’étrange événement. Bon, c’est vrai, je ne l’ai pas lu dans Le Figaro ( que je ne lis pas, d’ailleurs…), et puis un journal gaulois aime bien se gausser de nos voisins belges, n’est-il pas ? Ici, c’est plus dangereux ! Enfin, c’est édifiant, dans la suffisance, l’insuffisance, la délation, l’abus de pouvoir, le prurit autoritaire sinon dictatorial, la peur des libertés publiques, le comportement de satrape, l’inutilité finalement existentielle de la gent politicienne ( ou politicarde ?) ! Voilà. C’est décembre. Hier mon bon gros Jordi s’est arrêté ! D’un coup ! Hop ! Plus de jus ! Flapi ! Alors, vite, sur le petit Jordi, celui qui est portable ! Mais quand même une grosse trouille : et si toutes les archives avaient brûlé dans le ventre de mon bon vieux Jordi ? Les savants que j’ai consultés subodorent une panne d’alimentation : trop gavé, mon bon vieux Jordi ? On attend le docteur pour la fin de semaine ! Du coup, on rogne sur les illustrations de la toile de rondins. Mais n’empêche, avec ou sans illustration, Belge ou Catalan, Basque ou Centaurien, de part et d’autre du Styx, allez, portez-vous bien. Quand même.


tontonraspoutine dit :
ça, c’est pout Tonton Marcel!
angoustrine dit :
ben oui…
Patrick PIKE dit :
“Fût-il”, mon âne. Pour l’imparfait du subjonctif.
Que je fusse
que tu fusses
qu’il fût
que nous fussions
que vous fussiez
qu’ils fussent
Quant à l’eau qui manque par chez toi, implore les nuages de venir d’ici vers là-bas (ça nous soulagerait), et surtout d’y faire une petite halte.
Il pleut toujours quelque part, mais pas forcément aux endroits qu’on souhaiterait. Tiens, par exemple, pour rester dans ton sujet, le Manneken-piss, l’a-t-on vu un jour tari?
coquelinette dit :
“fût-il”, bien sûr, je corrobore l’avis de Patrick ! Quant au trouduculier, je l’aurais plutôt attribué à notre tru-cul-ent Rabelais, mais je te fais plus confiance pour les citations que pour l’imparfait du subjonctif, mon Ane ! Juste indignation contre ces gens de pouvoir qui ne pardonnent pas au petit peuple de divulguer leurs turpitudes !
angoustrine dit :
oui, trouduculier, c’est Guillaume, et plutôt au féminin, , dans des poèmes plutôt enlevés!
Mais je ne jurerais pas que Rabelais n’y ait pas pensé…